Théodora ou un vieux bateau

Ce matin, alors que je promenais avec Tomas, il me demande si on peut rentrer à la maison. Je le regarde amusée.
« Pourquoi veux-tu rentrer ? »
– Pour jouer.
– D’accord. A quoi ? »

Il réfléchit. Puis répond avec un petit sourire :  « A l’abribus. ». Il fait référence à l’abribus de la « place de la liberté », à 50 mètres de notre maison. Quand nous ne sommes pas en vadrouille quelque part en France ou à l’étranger, nous allons tous les jours sur cette place. Il n’y a pas de jeux, seulement un arbre, un abri-bus et parfois un tracteur. Mais Anna et Tomas adorent cette place ; c’est comme si c’était la leur.

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Je suis donc là, en Grèce, à chercher un bon argument pour justifier notre présence ici, dans un joli hameau entouré de montagnes. J’essaie de gagner quelques secondes de réflexion. « Ah tu veux jouer à… ». Tomas me coupe : « jouer au bateau !». Il vient d’en voir sur le bas-côté de la route. En une fraction de seconde, Tomas a oublié l’abribus et la maison en France. Il ne pense qu’à une chose : toucher ce vieux bateau. C’est simple la vie, non ?

Tomas, quelques minutes avant de trouver son bateau.

Tomas, quelques minutes avant de trouver son bateau.

Pour moi, c’est pareil. Parfois, je me mets à rêver d’une douche chaude, d’un feu de cheminée ou d’un internet illimité dont je peux profiter sous la couette. Ou alors de la « place de la liberté », qui nécessite bien moins de vigilance pour une mère que les derniers endroits où ont joué Anna et Tomas. Je me demande ce que je fais là, dans un camion, dans un pays dont je ne parle pas la langue et où je ne connais personne. Heureusement j’ai, comme Tomas ce matin, mes  « bateaux »  à moi. Des bateaux qui donnent envie de savourer le moment présent, de se laisser prendre au jeu et à la magie du voyage.

Mon dernier bateau ? Une bergère. Il y a quelques jours, on se réveille tard, dans une station de ski. Je ne suis pas dans mon assiette. Je suis dans le camion et je pleure un peu, fatiguée, énervée. Puis tout autour du camion, des moutons. Francisco, accompagné des enfants, va parler à la bergère. En sortant, il me dit un truc du genre « dire qu’on est là à gâcher notre temps alors qu’il y a de si jolies choses dehors ». Quelques minutes après, je sors à mon tour. La bergère bavarde, sourit. On échange quelques mots grâce à mon livre « Parler le Grec en voyage ». Elle nous invite à prendre un café. Je cherche après en grec et me voilà en train de répondre meta à la bergère. Elle rigole et acquiesce. Deux heures après, nous nous rendons chez elle, le bouquin et une carte du Péloponnèse en main. Nous restons plus d’une heure, à discuter, à rigoler. En nous donnant son adresse, juste avant qu’on ne la quitte, Théodora retient ses larmes. Voici une rencontre très sympathique, un joli bateau !

Théodora la bergère, devant sa maison.

Théodora la bergère, devant sa maison.



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